Ma saison Olympique, retour de blessure

Par où commencer…

Me casser le genou, perdre mon groupe, mon coach, mon service man, perdre le financement de la fédération mais avoir enfin le feu vert pour commencer le ski après 8 mois de privation.

Avoir le monde qui s’écroule d’un côté mais avoir accès à ce que j’aime le plus de l’autre côté… C’est à ça que peut se résumer mon retour.

Donc voilà vient enfin le moment de rechausser les skis, j’ai tellement hâte mais à la fois une peur et un stress énorme s’emparent de moi la veille… Est-ce que j’y arriverai ? Est-ce que j’aurai d’insupportables douleurs ? Est-ce que j’aurai une trop grosse appréhension ? Est-ce que je vais me bloquer et dire stop je ne peux pas reprendre la vitesse ? La nuit fût bien longue avec toutes ces questions en tête.

17 Juillet 2017, Jour J, jour tant attendu…

J’arrive en haut des pistes, j’attends 10, 15 voire peut être 20 minutes avant de m’élancer… A cause de la peur ? Non je ne crois pas, plutôt une appréhension, plutôt le fait de se dire que ça fait 8mois que j’attends ce moment et que ça y est j’y suis, c’est le moment d’y aller.

Puis je m’élance… une première très timide mais un plaisir immense, une deuxième un peu mieux avec encore plus de plaisir et ainsi de suite !

J’étais comme un enfant sur les skis, avec un seul mot d’ordre, se faire plaisir et profiter de l’instant !

Les premiers jours qui se terminent où j’ai pu reprendre les bases, reprendre quelques sensations.

Puis il est temps de penser à ma saison… Avec qui m’entrainer ? Comment faire ?

J’avais décidé en Juin d’embaucher l’ancien service man de mon ancienne structure qui peut également être coach, ma fédération était d’accord début Juillet. Tout avait l’air de commencer à se mettre en place.

J’ai prévu de partir avec lui au Chili fin Août.

Puis vient une info inattendue début Août alors que je viens tout juste de signer le contrat avec mon entraineur… Il n’est plus accepté. La raison ? Il est étranger et ma fédération me prévient soudain que je dois m’entraîner avec un roumain. Mais lequel ? Je suis dévastée, je ne comprends pas ce qu’il se passe. Il n’existe aucun entraineur de ce niveau en Roumanie… Comment est-ce que je suis censée faire ?

Je sais que le Chili est un stage primordial alors je pars comme prévu en finançant moi-même les dépenses et en espérant que la situation se résolve d’ici mon retour.

Malheureusement rien ne s’est arrangé, bien au contraire… Je suis appelée en commission de discipline dans le but de me faire suspendre… QUOI ? AI-JE BIEN COMPRIS ? MAIS POURQUOI ?

Je ne comprends évidemment rien à ce qu’il se passe, je prends donc un avocat car je réalise que seule je ne m’en sortirais pas.

3 Octobre 2017… après 2h30 de réunion… et des accusations infondées… Je ne suis finalement pas suspendue.

En revanche j’ai tout perdu, je viens à peine de reprendre le ski et je suis à 4 mois des JO.

Je décide alors de me préparer comme je peux, avec mes propres moyens… Heureusement pour moi j’ai trouvé 3DheartModeling, un sponsor qui va m’aider à m’en sortir cette saison.

J’ai également la chance de connaître un peu de monde sur le circuit d’une gentillesse incroyable qui va m’aider.

Le mois de Décembre je le passe avec les filles Andorranes, j’essaye de retrouver des sensations sur les premières courses… mais je suis encore très loin. J’ai tous mes problèmes en tête qui se ressentent sur les skis, je suis bloquée, en permanence dans le contrôle…

Je fais ma 1ère coupe du monde à Val d’Isère dans des conditions difficiles, il a beaucoup neigé ces derniers jours, ça tape, le départ est retardé, je pars quand il fait déjà très sombre, je ne vois rien… Mais quelle immense joie d’avoir été capable de le faire après 1an de galères !!!

Ça y est ma tête souffle enfin, le déblocage se ressent. Je fais dans la foulée de belles coupes d’Europe en Italie.

Break de Noel… J’apprend que je ne peux plus continuer avec Andorre pour différentes raisons.

Mince il faut que je trouve une autre solution… Heureusement il y a ma mère, toujours à mes côtés qui me soutient inconditionnellement.

C’est la dernière ligne droite avant les JO, je ne peux pas me permettre de manquer ce dernier mois de préparation. On décide alors de partir ensemble, elle va m’aider pour tout ce qui est logistique et puis surtout psychologique.

Au programme, la Coupe du Monde de Cortina d’Ampezzo, une Coupe d’Europe et des fis.

J’appelle alors plein de mes contacts pour savoir qui pourra m’aider une fois là-bas… J’apprends que mon ancien service man sera là-bas avec la polonaise dont il s’occupe, SUPER !! C’est une très bonne nouvelle, je ne serais pas seule, j’aurais quelqu’un qui pourra m’aider pour les infos sur la piste et les skis.

Ce sont des personnes d’une générosité incroyable, grâce à eux je fais cette coupe du monde dans de bonnes conditions et je réalise une bonne performance !

Ça y est la préparation est terminée, les JO approchent à grands pas. J’ai peur, peur d’être écartée pour je ne sais quelle raison inattendue et absurde de la liste…

Enfin le jour J, j’arrive en Roumanie, c’est bon, c’est 100% sûr je pars à PyeongChang !!!!!!

Bonne nouvelle : J’apprends alors que les frais de ma saison vont m’être remboursés.
Mauvaise nouvelle : J’apprends qu’ils m’envoient aux JO sans entraineur.

Mais comment est-ce possible ? Le premier entraineur ne veut plus y aller car ils n’ont pas qualifié son sportif et le deuxième entraineur lui ne vient que plus tard pour les épreuves techniques garçon où son sportif sera au départ. Et moi ? Ah oui zut j’avais oublié que je ne suis la sportive de personne…

Bon il paraît que même lors d’un évènement pareil il va falloir que je me débrouille toute seule.

2 Février arrivée au Village Olympique…

Ça y est ça commence, je dois m’organiser pour les entrainements là-bas.
Où est-ce que je dois aller ? A qui est-ce que je dois m’adresser ? Qui est-ce qui va m’accepter sur les entrainements sans entraineurs ?

Je me débrouille comme je peux, et encore une fois grâce à la générosité de certaines personnes (Maui Gayme CHILE, Ondrej TRCK POLAND, Roland Assinger AUTRICHE) je m’en sors.

Ma mère décide de me venir en aide, oui effectivement seule là-bas depuis déjà 2 semaines à organiser absolument tout de A à Z ce n’est pas facile, c’est même dur psychologiquement, les courses vont commencer et j’ai l’impression d’avoir déjà user les batteries.

Ensemble toutes les 2 on décide que c’est mieux pour moi de ne pas courir le géant pour garder de l’énergie et pouvoir faire quelques entrainements en vitesse (car oui effectivement cette année j’ai eu très peu accès à des entrainements de vitesse), pour faire des réglages de dernière minute, m’habituer à la neige, choisir la paire de ski qui me convient le mieux dans ces conditions, etc.

17 Février 2018 JOUR J – Super G

Je me dis – ça y est Ania, c’est le moment, tu t’es battue pour être là, tu as surmonté un milliard d’obstacles, profites et surtout donnes tout ce que tu as, tout ce que tu peux !!!!-

Dossard 43… 3,2,1.. GOOOOO !

Je me sens bien, je suis posée, j’ose et je me REGALE !!!
Je passe la ligne d’arrivée, je tourne la tête et…. 36ème +4.63sec -Wow Ania tu l’as fait-

Je lève la tête et les mains au ciel et je remercie tout simplement toutes les personnes qui m’ont aidées à en arriver là, à avoir après tant d’obstacles un moment de bonheur et de réussite aussi intense.

Tout le monde me prend dans les bras, me félicite, la fédération, le comité olympique, la famille, les amis… tout le monde éclate de joie !

Je profite de cet instant mais il est déjà temps de se mettre en mode descente.

21 Février 2018 – Descente

Dossard 36…

Plusieurs chutes et DNF, ça tape, la fatigue se fait ressentir… -Allez Ania jusqu’au bout tu ne lâches rien !-

Je passe la ligne d’arrivée, 28ème… -Ouf ça y est c’est terminé, je l’ai fait, tout s’est bien passé-

Les JO étant terminés, je suis très contente des résultats obtenus, la fédération et le comité olympique également sont ravis.
Je rentre en Europe relâchée, j’envoie un mail pour mes inscriptions en fis pour le mois de Mars et la réponse qui me vient est la suivante… « Le programme de l’équipe olympique de ski alpin est terminé, il n’y a donc plus aucun soutien financier pour cette fin de saison ».

Je suis alors choquée… A NOUVEAU ? Même après un mois de Février qui s’est très bien passé ? Encore une fois on recommence de 0 ?

FIN